CONTINUITÉ ÉCOLOGIQUE ET PRÉSERVATION

Habitant Environnement

Des réaménagements réussis pour les berges de l'Arroux et du Ternin

L’Arroux et ses affluents ont toujours abrité des espèces piscicoles emblématiques telles que le saumon, la grande alose, l’anguille pour citer les poissons migrateurs, mais également la truite, le brochet, le chabot et bien d’autres.

Cependant deux obstacles majeurs à la continuité écologique de l’Arroux et son principal affluent le Ternin étaient présents sur le territoire de la commune d’Autun. Le barrage à clapet de Saint Andoche, construit en 1949, permettait de diluer les effluents rejetés au milieu et de répondre à une demande industrielle d’alimentation en eau (blanchisserie, réservoirs Pauchards,…). Celui dit du Camping de la Porte d’Arroux a quant à lui été construit dans les années 1940 afin d’une part créer une baignade et d’autre part remplacer un ancien ouvrage d’alimentation de moulin détruit en 1934 lors d’une crue.

Erigés sur des cours d’eau classé en liste 1 et 2, le barrage de Saint Andoche étant également identifié comme l’un des 13 barrages à aménager dans le cadre du contrat de plan interrégional Loire, le rétablissement de la continuité écologique et sédimentaire sur ces deux ouvrages était devenu une priorité pour son propriétaire, la Ville d’Autun. Si quelques réflexions sur les aménagements à envisager ont eu lieu dès les années 2000, c’est à partir de 2009 que la Ville a étudié différents scénario d’aménagement avec ses partenaires et notamment en concertation avec la DDT 71, l’OFB (ONEMA à l’époque) et l’Agence de l’Eau Loire Bretagne.

Les premiers scénarii évoquaient pour l’Arroux la création de passes à poissons, de rivières de contournement, de micro barrages successifs, d’effacement, etc… Au fil des avis, échange et études avec ses partenaires, la ville a retenu, fin 2017, l’arasement pour le barrage de Saint Andoche et l’effacement pour le barrage du Ternin et a sollicité pour ces projets les financements de l’Agence de l’Eau Loire Bretagne et du Fond Européen de Développement Régional (programme opérationnel interrégional FEDER bassin de la Loire 2014-2020).

Au 1er janvier 2018 la prise de compétence GEMAPI par le Grand Autunois Morvan a entraîné un changement de maîtrise d’ouvrage. C’est donc le GAM qui déposa début 2018 les dossiers de demande d’autorisation environnementale et de Déclaration d’Intérêt Général qui furent mis en enquête publique en septembre 2018. Les arrêtés préfectoraux d’autorisation furent signés en janvier 2019.

Travaillant sur ces projets dès 2009, l’entreprise Champalbert Expertise (Bourgoin Jallieu) s’est vue confier la Maîtrise d’œuvre des travaux dès 2016 par la Ville d’Autun. Elle est le mandataire d’un groupement constitué d’hydroexpertise (modélisation hydraulique), Fikira Paysage (intégration paysagère du projet), Infrapolis (infrastructure et ouvrages).

Les travaux consistaient donc pour l’Arroux à :

  • La suppression des clapets, de la passe à poissons centrale, des structures béton latérales
  • La création d’une échancrure dans le radier béton
  • La rehausse du radier à l’aval (compensation baisse de la ligne d’eau amont)
  • L’aménagement des terrasses et bancs exondés à l’amont immédiat
  • Des travaux de génie écologique (restauration des berges et de la végétation)
  • D’autres travaux liés telles que la déviation du réseau de gaz par Engie ou de l’eau potable par le SMEMAC

Les travaux pour le Ternin consistaient à :

  • La suppression totale de l’ouvrage
  • Le réaménagement d’un lit naturel au droit de l’ouvrage et abords immédiats (blocage du fond pour l’imiter l’érosion régressive, génie végétal amont et aval)

Pourquoi un montant de travaux élevé et notamment sur l’Arroux ?

Les différentes études hydrauliques préalables aux travaux ont démontré que l’abaissement de la ligne d’eau suite à l’arasement du barrage allait dégrader les conditions d’écoulement en crue, principalement par végétalisation des bancs exondés.

Il a donc été nécessaire de définir de nombreuses mesures compensatoires :

  • Le resserrement du lit mineur pour limiter la formation de bancs végétalisés au milieu du cours d’eau
  • L'abattage sélectif d’arbres
  • Le talutage des berges en pente douce afin de permettre un entretien régulier par broyage
  • Le débouchage de deux arches du pont de Saint Andoche, reprise des réseaux d’assainissement, construction d’un mur de soutènement, stabilisation du cheminement sous arche,…..

Enfin, assurer la franchissabilité du radier béton du barrage, au niveau de l’échancrure, y compris en période d’étiage, a nécessité un apport conséquent de matériaux de carrière pour réhausser le radier aval. Il en de même pour la consolidation du seuil ou passe les canalisations d’eau potable et d’assainissement (seuil situé entre le barrage et le pont de Saint Andoche).

Au total, 1,3 km de berges ont fait l’objet de travaux.

Pourquoi un arasement et pas un effacement total pour le barrage de Saint Andoche ?

Lors d’une crue dans les années 1960, la rivière a coupé un de ces méandres ce qui a induit une forte érosion régressive jusqu’au pied du barrage. Il était donc important de maintenir ses superstructures (radier béton) afin d’éviter la propagation de l’érosion et de nuire aux canalisations qui traverse l’Arroux en amont ou aux fondations du pont de Saint Andoche.

La continuité écologique pour qui, pourquoi ?

On pense immédiatement aux poissons migrateurs emblématiques du bassin de la Loire (Saumon, Grande Alose, Lamproie Marine, Truite de Mer). Mais c’est également, et peut être surtout, à la biodiversité que l’on pourrait qualifier de quotidienne que ces travaux vont se révéler bénéfiques à court terme. C’est par exemple le cas des truites ou des brochets qui effectuent des migrations pour rejoindre leurs zones de frayères situées dans les têtes de bassin pour la truite, ou les prairies inondables pour le brochet (je pense notamment aux frayères de Surmoulin, en amont d’Autun, gérées par l’AAPPMA d’Autun). La libre circulation c’est aussi la possibilité de rejoindre des zones refuge en cas de période de canicule, les poissons pouvant rejoindre des zones plus fraiches et mieux oxygénées. Enfin la libre circulation ne concerne pas que les poissons, le retour des mammifères aquatiques telles que le Castor et la Loutre est favorisé par son rétablissement.

Les travaux sur ces deux ouvrages ont permis de rouvrir l’accès à 951 km2 de bassin versant et à plus de 100 km de cours d’eau principaux.

L’abaissement des lignes d’eau, couplé aux travaux de génie végétal (fascines, arbres câblés,…) ont permis de passer d’un profil monotone, similaire à un canal, à une rivière avec une diversité des habitats favorisant une plus grande diversité des espèces. Le tronçon est maintenant colonisé par des espèces caractéristiques des faciès lotiques (courant) et lentiques (calme).

Effacer ces deux ouvrages c’est également augmenter la résilience du cours d’eau face au réchauffement climatique. Les barrages favorisaient le réchauffement de l’eau et les pertes par évaporation. L’eau qui circule maintenant librement est plus fraîche et mieux oxygénée.

Vous pouvez retrouver le descriptif détaillé et illustré des travaux sur les panneaux de communication réalisés à partir des vannes du barrage du Ternin. Je remercie d’ailleurs Frédéric Roure, directeur de Geco Ingénierie, pour cette excellente idée qui permet de conserver une trace de notre patrimoine et d’avoir des supports originaux.

En conclusion…

Ces travaux à vocation écologique inaugurés le 10 septembre 2021 ont permis de remettre en valeur la rivière, qui est une porte d’entrée principale de la Ville d’Autun. Elle est maintenant un lieu de promenade privilégié que les services municipaux et intercommunaux ont à cœur d’embellir. Un sentier a été créé, il y a quelques mois sur environ 1 km, permettant de rejoindre à l’aval de l’ancien barrage le quartier du Bois de Sapins. Nul ne doute que d’autres travaux de ce type verront le jour dans les années à venir, par exemple dans le cadre du futur contrat territorial porté par le SMBVAS, pour mettre en avant cette magnifique rivière qui parcourt notre territoire et nous connecte à la vallée de la Loire.